25 ans que je compose, écris et chante en niçois
Cela fait maintenant plus de 25 ans que je compose, écris et chante en niçois.
En 2009, j’ai représenté Nice à l’Eurovision des langues régionales organisée par le Conseil de l’Europe. J’ai fait le voyage à mes frais et malgré une trentaine de courriers envoyé à toutes les associations niçoises avec ma mère, et à la Ville… personne n’avait répondu pour soutenir ma candidature, et je peux vous garantir que les autres candidats des autres minorités, eux avaient le soutien de leur ville. Malgré tout ça j’ai eu le troisième prix du public.
Depuis toutes ces années, j’ai créé des chansons modernes, des reprises, des parodies, des spectacles, des vidéos, des projets de transmission, des formations… pour les petits, pour les grands , souvent seule, avec très peu de moyens, mais avec une conviction immense : notre langue mérite d’être vivante et présente dans son époque. J’ai aussi écrit en français au final j’ai plus de 150 chansons sur les plates-formes, plusieurs albums et plusieurs livres édités.
Et plusieurs succès grâce au public sur des chansons comme par exemple « Au mercat de la Libé » ou « Ten-te fièra! »…
Je suis diffusée sur plusieurs radios, mais les radios de service public ont du mal avec les langues régionales actuellement malgré leur obligation légale…  ce sont d’ailleurs des chansons qui passeraient très bien si c’est Radio faisait leur travail…
431 000 vues sur ma chaîne YouTube depuis sa création…
Toutes plates-formes confondues on arrive bientôt à 20 000 abonnés… sans aucune diffusion officielle ni soutien dans l’industrie musicale donc !!
 Moi je trouve que ça commence à chiffrer sans me vanter…
Depuis 25 ans donc, j’ai tracé ma route et j’ai d’ailleurs créé un blog qui raconte tout ce travail, j’ai aussi créé une série sur YouTube « Vida de trobairitz » puisque j’ai clairement créé une petite entreprise associative et investi afin de pouvoir tout faire toute seule, pour avoir un studio à la maison, tout le matériel nécessaire pour pouvoir créer… comme ça, je suis tranquille !
Ces créations, je les ai réalisées entièrement à mes frais, sans jamais recevoir de subvention.
Ce projet artistique a toujours coûté plus que ce qu’il a rapporté…  je ne suis à l’équilibre que depuis que je suis rentrée dans la programmation des Estivales… c’est-à-dire pour la troisième année cette année…il y a encore des gens pour dire que c’est arrivé par chance !!!
Avec le temps, j’ai compris quelque chose d’assez étrange.
Les gens aiment beaucoup les discours sur la défense de la langue niçoise.
Ils aiment les déclarations, les grands mots, les débats, les symboles.
Et bien sûr, je suis heureuse quand on m’encourage ou quand on partage mes prises de parole.
Je préfère cela plutôt que de recevoir des messages d’insultes de personnes qui m’expliquent par exemple « que je ne sais pas parler niçois »… ou « que je n’ai pas le droit de faire ce que je fais »… (des choses nouvelles etc… ), énormément de personnes qui sont là pour critiquer aux premières loges, mais qui elle-même ne font jamais rien…
Mais la vérité, donc, c’est que le véritable travail se fait souvent dans le silence.
Le silence.
Il se fait quand on compose des chansons à s’en réveiller la nuit…
Quand on crée sans financement et qu’on doit sans arrêt aller chercher l’argent pour pouvoir enregistrer l’œuvre ou ce genre de choses.
Quand tous les jours à 5h du matin avant d’aller à son travail, on fait deux heures de boulot…
Quand chaque samedi, et chaque dimanche est consacré à se perfectionner.
Quand on ne part pas en vacances, parce qu’on est en train de faire un album…
Quand on trouve toujours une solution pour le faire quand même.
Quand on continue malgré l’épuisement., les railleries, les moqueries, la jalousie, l’isolement.
Quand on transmet à des enfants.
Quand on monte sur scène encore et encore. Alors que dans la vraie vie, on préfère rester tranquille dans sa campagne sous un olivier.
Parce que ne croyez pas que c’est facile de monter sur scène !
Le véritable travail c’est quand on se forme en permanence, et qu’on modernise une langue pour qu’elle continue à toucher les jeunes générations.
Quand on prend le risque d’innover au lieu de simplement parler de patrimoine.
Et parfois, oui, il y a quelque chose de troublant à constater qu’on reçoit davantage de réactions en parlant du travail… qu’en accomplissant ce travail depuis plus de vingt-cinq ans.
Dire ou faire ?
Dire et faire !
Parce qu’au fond, défendre une langue ne devrait pas être seulement un discours.
Cela devrait aussi être soutenir concrètement ceux qui la font vivre chaque jour par la création, la transmission et la présence sur le terrain.
Une langue survit grâce aux actes.
Grâce aux artistes, aux enseignants, aux bénévoles, aux créateurs, aux gens qui continuent même quand personne ne regarde vraiment.
Et donc malgré tout, je continuerai.
Parce que je crois profondément que le niçois mérite autre chose que la nostalgie : il mérite de vivre, de chanter, de créer et d’exister pleinement dans le présent.
La baieta
Pour les plus curieux, vous pouvez visiter les liens ici :
#languesd’òc
