Se poser la question de l’efficacité de la centralisation
de Gael Briand
Pour les besoins d’un article à venir, j’ai relu le début de la Constitution française. Comme à chaque fois, je me dis qu’hélas, le Droit français sert le puissant et qu’on peut écrire n’importe quoi dedans sans que cela ne fasse de plis sur le ventre de personne. Dès le préambule par exemple, on trouve la charte de l’environnement, celle qui consacre le principe de « pollueur-payeur ». Parlez-en à notre invité du mois, José Nadan, qui représente l’association des « victimes des pesticides de l’Ouest »…
Et évoquer l' »ouest » nous renvoie au dossier du mois sur les redécoupages et donc, en filigrane, sur la notion de « frontières ». La Bretagne, pays de pays, est à ce titre un bon exemple pour comprendre ce que cela recoupe. Là encore, beaucoup de confusions savamment entretenues pour lier frontières et administrations. Or, les frontières existent dans les esprits, n’en déplaisent: ce sont les postes de douanes qui sont fermés ou ouverts!
Il paraît aussi – toujours selon la Constitution – que l’organisation de la République est « décentralisée ». Quand 92% des ressources budgétaires des « Régions » viennent de dotations, c’est très crédible. Le principe de notre République serait quant à lui: « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Peuple qui ne peut décider que de la couleur des gommes et des crayons. Une certaine idée de la démocratie où l’on a consacré l’élection du roi tous les 5 ans. « La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation » dit encore notre Constitution. 20 ans que je suis à l’UDB et je peux vous dire que c’est faux. Pas de discours victimaire dans mes propos, juste un constat factuel lié aux règles électorales élaborées par… ah oui, par qui au juste? Celles et surtout ceux qui détiennent déjà le pouvoir!
En tout état de cause, les peuples de France ne peuvent clairement pas s’autodéfinir puisqu’on leur impose d’être français et uniquement français. C’est pratique: comme ils n’existent pas, ils ne peuvent pas revendiquer de droits! Comme par exemple réunifier la Bretagne! Je l’ai dit mille fois (mais peut-être faut-il qu’un coucou s’en empare): si le pouvoir ne réunifie pas la Bretagne, c’est qu’en le faisant, il reconnaîtrait en creux l’existence du peuple breton et ça, c’est impensable avec la conception républicaine actuelle.
Sarkozy, Hollande ou Mélenchon ont cela en commun qu’ils oublient qu’hors du périphérique, il y a des gens et que ces gens sont des êtres doués de Raison. Régulièrement, nous autres ploucs recevont de la capitale une proposition de carte que nous ne pourrons pas amender, mais sur laquelle nous nous jetterons pour commenter. Voilà notre rôle à nous, piétaille: commenter! Dès qu’il s’agit de revendiquer nos droits fondamentaux: « c’est compliqué ».
On a tellement « pacifié » les mouvements sociaux qu’on s’émeut de quelques épisodes de « violence ». Comme si quelques poubelles avaient la même valeur que les vies humaines détruites dans d’autres coins du monde (suivez mon regard). On le sent bien là, le poids des marchands qui protègent davantage les biens que les personnes. Comme je l’ai dit récemment à Lysiane Métayer, je ne crois pas la violence efficace dans l’absolu, mais en réalité, c’est la règle qu’édicte l’Etat. Sans violence, aucun dialogue ne démarre jamais. L’UDB a toujours prôné le dialogue, mais force est de constater que c’est une stratégie peu payante. Les solutions, nous les avons depuis longtemps, mais qui se soucie de l’avis de ceux qui ne sont pas dans les cercles restreints? Aujourd’hui, on a une liste de 500 personnes (sur 70 millions) qui jouent aux chaises musicales pour obtenir un maroquin et on ose appeler ça une « démocratie ». Du népotisme plutôt. Il serait temps de relire quelques anarchistes pour comprendre que le vote ne suffit pas à la démocratie.
Je termine mon propos par un soutien aux lycéennes et lycéens qui, ces jours-ci, réclament tout simplement un avenir. Contrairement au battage médiatique, je trouve leur mouvement relativement tempéré. A la fin, il y aura une facture c’est vrai, mais l’Etat centralisé n’entend jamais rien d’autre. La France étant un des Etats les plus endettés d’Europe, il serait peut-être temps de se poser la question de l’efficacité de la centralisation, non? Et si la démocratie était moins coûteuse?

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