L’Europe n’a-t-elle pas souvent bon dos …

Ce 9 mai, c’était la journée de l’Europe. Il est bien difficile en cette époque de porter le même élan que nous portions il y a trente ans à son sujet, tant la tendance prise par ses institutions a généré des frustrations.

Selon le rapport du printemps 2026 de « l’euro baromètre », 35% seulement des Français ont une vision positive de l’UE, c’est peu et c’est 10% de moins que la moyenne européenne. 25% ont une vision négative, les autres se disent « neutres » sur le sujet. Cette tendance s’accentue d’année en année. Rappelons qu’en 1992, pour le traité de Maastricht, 51% des Français et même 56% des Savoyards (73+74) y étaient favorables. N’oublions pas non plus qu’en 2005, 54,7% des Français refusaient la constitution sur l’Europe, telle qu’elle était proposée. Nicolas Sarkozy la fera néanmoins ratifier trois ans plus tard dans un déni démocratique historique.

Malgré cela, faut-il tirer à boulets rouges sur l’Europe ? L’Europe n’a-t-elle pas souvent bon dos pour masquer les errements de l’Etat français ? La France serait-elle dans cette situation économique catastrophique si elle avait respecté la règle des 3% de déficit public, imposée en 1992 ? D’ailleurs, si l’image de l’Europe est particulièrement mauvaise en France, cela n’est-il pas le reflet du ton donné par les médias parisiens, dont l’influence est hégémonique ? Ou faut-il se tourner vers certaines de nos élites, se faisant facilement corrompre par des vents d’influences, venant de l’Est, ou bien de l’Ouest ?

Certes, sur l’Europe, il y a beaucoup à redire. On doit dénoncer son orientation ultra-libérale, dont la sacro-sainte règle : « libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux », est inscrite dans l’article I, du traité constitutionnel. Cette règle de libre-échange, appliquée sans réserves, mais qui existait déjà au sein de la France avant 2008, a fait de nos lieux de vie, nos beaux villages de montagnes et de bord de lacs, des objets de spéculation, pour le profit d’une classe financière internationale fortunée, et au détriment des populations locales.

Et les accords bilatéraux avec la Suisse ? Réussite économique, mais pour qui ? Ils ont fait de notre territoire frontalier, une vaste et de plus en plus banale, banlieue de Genève et rien n’arrête aujourd’hui ce processus.

Cette même spéculation n’est-elle pas le fléau de l’Europe ? Elle s’exerce aussi sur les terres agricoles des pays de l’Est, sur les entreprises industrielles, etc.. N’étendez-vous pas la colère gronder ?

Oui, il y a beaucoup à redire aussi sur la présidente Van Der Leyen, très contestée, se faisant le chantre de cette politique néolibérale , avec une légitimité toute discutable. Rappelons le traitement du dossier sur le Mercosur : il fait toujours l’objet d’un recours du parlement européen, alors que la commission l’a imposé en septembre 2025, sous une forme provisoire.

Pour autant, les institutions politiques françaises, ainsi que le président Marcon, sont tout autant peu populaires. La population française dit-elle pour autant : « il faut sortir de la France ! », comme on l’entend pour l’Europe ? Bien sûr, un certain nombre de personnes le disent en Savoie 😉 … Mais on constate très souvent que le désintérêt pour l’Europe se traduit par un repli national français, « un frexit » : une volonté de sortir de l’Europe. Comme si l’on pouvait se passer de la coopération européenne ? Comme si le renforcement de la souveraineté nationale française allait tout résoudre ? En quoi un raidissement vers plus de pouvoir à Paris résoudrait nos problèmes au quotidien ?

Faut-il rappeler que la France pèse peu de choses dans l’économie mondiale aujourd’hui ? A peine 3% ! (L’union européenne pour sa part représente 22% ). Rappelons, que depuis la création de la CEE en 1957, il n’y a pas eu de guerre à l’intérieur de notre communauté.

Faut-il donc renoncer au projet européen, ou à l’inverse faire poids pour qu’une autre Europe se développe ? Une Europe fondée sur un développement harmonieux et durable et non pas sur ce mélange de centralisme technocratique et de néolibéralisme effréné, dans lequel les grandes concentrations économiques tuent l’initiative individuelle.

Stop à l’Europe des spéculateurs et des prédateurs, stop à son élite devenue autiste ! Oui à l’Europe des peuples respectueux et solidaires les uns des autres, pleinement responsables, gardant leur part de souveraineté !

Comment associer la grandeur d’une communauté d’un demi-milliards d’habitants à l’exigence de respecter la démocratie dans chacun des territoires ? Là est la difficile équation de l’Union européenne. La solution reste à trouver…

Laurent Blondaz

Président de Sabaudia-MRS