Un jour, un homme trouva une lentille dans le village. Il alla la porter chez la voisine :
– Vesina, vesineta, garda-me aquela lentilheta.
« Eh bien, mets-la là, sur la fenêtre. »
Et l’homme s’en alla. Quand il revint le soir pour reprendre la lentille, une poule l’avait mangée. Alors il dit :
– Vòli la lentilha o la galina,
« Prends la poule. »
Et l’homme s’en alla la porter chez une autre voisine :
« Mets-la dans la cour avec les nôtres. »
Quand il revint le soir pour prendre la poule, le porc l’avait mangée.
– Vòli la galina o le pòrc,
« Prends le porc. »
Et l’homme s’en alla le porter chez une autre voisine.
« Mets-le dans la porcherie avec les nôtres. »
Quand il revint le soir pour reprendre le porc, une vache l’avait tué d’un coup de corne.
– Vòli lo pòrc o la vaca,
« Prends la vache. »
Et l’homme s’en alla la porter chez une autre voisine qui avait une petite-fille malade et capricieuse. Quand elle vit la vache, elle dit :
Vòli de la perneta (pèrna / perneta) de la vaqueta,
Et la grand-mère lui en coupa un morceau. Quand l’homme revint, la vache n’avait plus de sang. Il dit alors :
– Vòli la vaca o la filha,
« Prends la fille. »
Mais la grand-mère qui aimait beaucoup sa petite-fille ne voulait pas la donner. Alors elle mit dans le sac une chienne boiteuse. L’homme prit le sac et partit.
Par le chemin, il s’arrêta pour faire un baiser à la petite-fille qui était dans le sac et alors la chienne lui sauta au visage et lui arracha le nez. Et l’homme se mit à crier :
– Jardinièr de l’òrta, arrèsta-me la gròssa tòrta, que lo nas se m’empòrta ! (Jardinier, arrête la chienne boiteuse, qui m’a pris le nez !) …

Histoires extraordinaires du pays d’oc 1978
