« Il va falloir en prendre son parti : rien ne nous reste des cathares. signez la pétition : https://c.org/rKbMxvHPV9
En cet été 1990 un congrès de sommités scientifiques s’est réuni à Montségur et ne nous a laissé aucune illusion sur cet extraordinaire château où René Nelli avait eu la révélation que Dieu est un Autre, sur cette arche de pierre où Fernand Niel avait déchiffré une architecture de temple du soleil. En 1244, la citadelle qui nous a fait rêver si haut n’existait pas. Ce qui se dresse sur le pog au-dessus du village actuel de Montségur est une construction dont les Français ont passé commande, qu’un architecte occitan a bâtie pour les envahisseurs. Aucun Parfait n’y a séjourné.
J’ai vu des gens très violemment émus à l’annonce de cette nouvelle. On ne peut s’empêcher d’en vouloir aux savants qui réduisent à néant ce qui a longtemps alimenté nos rêveries et nos dialogues avec l’invisible…
Cela dit, je ne suis pas inquiet pour la fréquentation future de Montségur, ni des autres châteaux qu’on appelle cathares. Longtemps encore, on ira dans ces lieux, un peu comme on va à Bethléem, à Nazareth ou au Calvaire. Il suffit que notre questionnement soit ardent pour que les lieux se mettent à parler, que les morts y arrêtent leurs errances, pour que les forces les plus âcres du passé y réussissent leur retour.
Du pied de la montagne où, « dans un enclos fait de pals et de pieux auxquels on mit le feu » brûlèrent deux-cent quatre ou deux-cent vingt-cinq personnes, jusqu’au château à ciel ouvert, aucune certitude d’ordre scientifique ne pourra jamais rien contre le flux des touristes, des pèlerins ou des solitaires qui savent que le caché l’emporte toujours sur le visible…
Pauvres croix discoïdales, donc ! Elles sont fort belles, très chargées de symboles, mais aussi catholiques que le château de Montségur est français. »
Yves Rouquette (Cathares. Éditions Loubatières, 1991)
