Rien ne permet d’affirmer que les Tuchins formaient un mouvement hérétique organisé.
Leurs revendications étaient principalement sociales, fiscales et politiques. Ils combattaient les abus de pouvoir, sans chercher ouvertement à remplacer la doctrine de l’Église catholique.
Il serait donc historiquement inexact de présenter le Tuchinat comme une nouvelle révolte cathare.
Cependant, cela n’exclut pas que certaines traditions de résistance aux autorités ecclésiastiques aient pu survivre dans les communautés du Languedoc. En Languedoc, les Tuchins étaient surtout actifs entre 1381 et 1384 dans les campagnes et petites villes du Gard actuel, de la vallée du Rhône et du Bas-Languedoc, avec des extensions vers le Toulousain et le Rouergue. Leur présence était particulièrement dense autour de Bagnols-sur-Cèze, Uzès et Nîmes, dans la sénéchaussée de Beaucaire.
Le mouvement fut tantôt une autodéfense villageoise contre les routiers, et tantôt une révolte fiscale contre la gabelle et les subsides royaux ; il ne constitue pas un mouvement religieux organisé.
Ils ne s’appelaient pas eux-mêmes « Tuchins » mais « companhos » et « Bonni-homines » .. Leurs rituels tournait autour du serment (ce qui n’est pas tellement cathare) .. La dimension religieuse apparaît surtout à travers des pratiques et symboles communautaires. À Bagnols-sur-Cèze, le capitaine tuchin Bernard Régis célèbre son mariage dans l’église paroissiale, au moment où les rebelles contrôlent la ville : le rite chrétien du mariage devient un acte d’appropriation symbolique de l’espace urbain et de refondation du lien social.
De même, le partage du vin, du pain et de la nourriture — notamment le repas pris par Bagnolais et Tuchins après une action commune — fonctionne comme un rite de convivialité et de solidarité. Ces gestes ne sont pas des doctrines religieuses, mais ils mobilisent des formes culturellement sacrées ou quasi sacramentelles de la sociabilité médiévale.
