Depuis près de dix ans, des familles se voyaient interdire de donner à leurs enfants des prénoms comme Fañch, Artús ou Martí conformément aux orthographes des langues bretonne, occitane ou catalane. Motif ? L’utilisation de signes censés ne pas appartenir à la langue française, la seule acceptée pour les actes d’état civil.
Cette prohibition a vécu : Gérald Darmanin vient d’ordonner d’abandonner les poursuites engagées contre les parents concernés. Cette décision vaut pour toutes les langues régionales et pour les patronymes, précise à L’Express le ministère de la Justice.
Elle apporte un peu de sagesse dans un dossier délirant à tous égards. Même le Conseil constitutionnel avait cru bon, en 2021, de censurer un article de la loi Molac autorisant l’emploi de ces « signes diacritiques » (qui distinguent). Selon lui, cette disposition était contraire à l’article 2 de la Constitution : « la langue de la République est le français ».
C’est peu dire que cette argumentation avait été contestée, et cela pour de nombreuses raisons :
L’article 2 avait été introduit dans la Constitution en 1992 dans un but exclusif : lutter contre l’anglais. Le gouvernement de l’époque comme les parlementaires avaient même assorti ce vote d’un engagement clair : jamais cet alinéa ne devait être utilisé contre les langues régionales.
Si le n tildé n’est plus en usage depuis le XVIIIe siècle, il appartient bel et bien à la langue française : on en trouve même plusieurs dans la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts.
Personne n’a jamais su expliquer en quoi Fañch posait un problème alors que sont acceptés Merdive, Euthanasia, Lola-Poupoune ou Gandhi-Apache (exemples réels !).
De fait, l’idéologie semblait bel et bien avoir pris le dessus dans cette affaire. En 2017, le tribunal de grande instance de Quimper avait soutenu qu’écrire Fañch avec un tilde « reviendrait à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l’unité du pays et l’égalité sans distinction d’origine ». Considérer qu’une petite vague sur une consonne risquait de déboucher sur l’éclatement de la France dénotait un sens poussé de l’imagination…
Comme le montre l’exemple de nos voisins suisses, accepter notre diversité interne peut au contraire être un outil de cohésion.
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